Vente de produits pétroliers toxiques au Sénégal: le consortium Vivo Energy (Shell) au banc des accusés

     Dans un rapport intitulé « Dirty Diesel », l’ONG Public Eye, anciennement Déclaration de Berne et dont le siège est à Lausanne, dénonce des sociétés de négoce suisses accusées, jeudi, d’exporter en Afrique des carburants très toxiques. Dans ce rapport de 160 pages, le Sénégal comme sept autres pays est cité parmi les nations africaines victimes des pratiques de Vitol, Trafigura et Addax & Oryx. Ces sociétés sont accusées  de « profiter » de la faiblesse des normes dans ces pays pour y vendre des carburants de mauvaise qualité et « réaliser des profits au détriment de la santé de la population ».
      Du soufre en quantité pour optimiser les bénéfice
    Dans le but d’optimiser leurs bénéfices, les sociétés commerciales qui livrent ces carburants en Afrique mettent une concentration aromatique et poly aromatique élevée pour vendre moins cher un diesel de qualité inférieure. Cette façon d’avoir des avantages commerciaux est très dommageable pour l’environnement où ces combustibles sont vendus, ce « mélange-dumping » étant très malsain. Car, la corrosivité du soufre détruit les technologies de contrôle des émissions (catalyseurs et filtres à particules), ce qui accroît le nombre de particules fines qui s’échappent des moteurs et se logent profondément dans les poumons,  provoquant  cancers et maladies cardiovasculaires. Ce problème est connu de longue date. Les Etats-Unis et l’Europe ont réagi en abaissant fortement la limite de soufre admise, respectivement à 15 ppm (parties par million) et 10 ppm. Mais certains pays africains comme le Sénégal ou le Ghana ayant encore des normes de soufre anormalement très élevées (1000 ppm ou plus), les sociétés qui font du négoce de carburants pour le vendre en Afrique entrent dans la brèche pour gonfler leurs bénéfices.
    Et selon le document de Public Eye, des échantillons de diesel en provenance du Sénégal, montrent des niveaux dangereusement élevés de soufre. Vitol et son enseigne Shell pilotée par le consortium Vivo Energy livrent au Sénégal du carburant avec une teneur de soufre entre 1340 et 2940 dans la période de l’enquête de Public Eye entre 2013 et 2015.
       Les aromatiques polycycliques cancérigènes
     Le soufre n’est pas la seule substance nocive pour la santé contenue dans le carburant. Quelques 15 poly aromatiques (Hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP) sont répertoriés par l’Agence Internationale pour la Recherche sur le Cancer comme des cancérigènes connus chez les humains, tandis que l’Agence américaine de protection de l’environnement considère 16 de ces produits comme « polluants prioritaires ». Les HAP sont un groupe de substances dangereuses pour les organismes vivants. En plus d’être cancérigènes, beaucoup sont aussi mutagènes et dangereusement toxiques pour la reproduction. Dans le cas du Sénégal, les prélèvements de Public Eye sur le diesel des stations-service portant le célèbre logo de Shell exploitées par le consortium Vivo Energy, détenu à 40 % par Vitol, montrent des niveaux de concentration, dans la période de l’étude, allant de 9,9 à 15,1 pour cent de la masse, là où la concentration autorisée en Europe est de 8 pour cent de la masse.
    Dans le monde entier, la moyenne des HAP dans le diesel est estimée à 3,7 pour cent de la masse, selon l’Organisation européenne des compagnies pétrolières pour la protection de l’environnement et de la santé (CONCAWE).
   Le Sénégal apparait comme étant le pire élève dans cet aspect du classement puisque selon Public Eye, Vitol vend au Sénégal un produit ayant, par exemple, cinq fois plus de  de HAP que celui du diesel vendu au Allemagne avec une de 2,73 pour cent.
   Les dangereux additifs utilisés comme substituts du plomb
    « Nos analyses ont aussi permis de détecter d’autres substances nocives pour la santé à des doses inquiétantes. Près des trois quarts de nos échantillons contiennent une teneur en benzène, classé cancérogène avéré pour l’homme, supérieure à 1 % du volume, le seuil à ne pas dépasser au sein de l’Union européenne. Nous avons aussi trouvé dans l’essence un additif utilisé comme substitut du plomb, le MMT, à base de manganèse, un métal neurotoxique. Sur les quatre échantillons prélevés, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, tous contenaient du MMT’’, informe le document. Public Eye ajoute que les négociants suisses fabriquent ces carburants en mélangeant divers produits pétroliers semi-finis à d’autres substances afin de créer ce que l’industrie appelle « la qualité africaine ». Ces carburants très polluants sont principalement produits aux Pays-Bas et en Belgique, dans la zone ARA (Amsterdam, Rotterdam et Anvers) « .
     Toutefois, le document de rappelle que les carburants incriminés respectent la règlementation des pays concernés. Ce qui n’empêche pas Public Eye d’insiste sur le besoin de mettre en place de nouvelles règles pour préserver la santé des populations et de l’environnement et fermer la porte aux « négociants suisses qui inondent l’Afrique de carburants toxiques ».

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