« Séduire, c’est créer une émotion »

Nous pouvons tous séduire. À condition de nous livrer de manière brute, authentique et sensible, et d’inviter l’autre à faire de même. Les explications de Florence Escaravage, fondatrice de Love Intelligence et de la Méthode Florence pour trouver l’amour.

Pour beaucoup, la séduction relève du mystère, voire d’une énigme. Comme si séduire était un cadeau qui pouvait tomber du ciel, ou non. Ce « pouvoir » est-il donné à tout le monde ?

Florence Escaravage : Oui. Comme le disait Jean-Jacques Rousseau, nous avons tous en nous une capacité à aimer et être aimés. Mais certaines femmes, qui ont pourtant tout pour plaire, ne sont pas heureuses en amour, n’arrivent pas à rester avec un homme plus de quelques semaines… Elles lisent souvent dans les magazines que pour séduire, il faut parler de ses atouts, être spirituelle, caustique, intellectuelle à la fois : ça en met du challenge ! Parfois, elles ont peur car elles ont eu des expériences difficiles par le passé. Elles font donc le tri entre ce qu’elles veulent bien montrer d’elles et ce qu’elles préfèrent cacher. Elles sont dans le contrôle et il peut aussi leur arriver de surjouer pour montrer à quel point elles sont brillantes, éclectiques… Sauf que se retrouver face à un super CV peut éveiller l’intérêt, susciter l’admiration aussi, mais pas d’émotion. Or, séduire, c’est créer une émotion.

Comment ?

Florence Escaravage : La séduction se niche dans notre passé. Tout le monde peut donc séduire. Ce qu’il faut exprimer et révéler de soi, notamment pour créer ce fameux mystère, c’est tout ce qui a été extrêmement vivant en terme d’expérience. Ce qui a conditionné nos choix de vie par exemple : estudiantins, professionnels, sportifs, mais aussi des réalisations, des moments difficiles… Du moment que cela a été très fort et que cela a conditionné notre vie future, nous en parlons bien. Dès lors, nous ne sommes plus dans le contrôle et nous allons libérer notre matière brute, la partie immergée de l’iceberg. Cela permet à l’autre de capter qui nous sommes de manière beaucoup plus forte que si nous lui racontons que nous aimons bien Balzac, le dernier Elena Ferrante, ou que nous avons adoré la côte Ouest des Etats-Unis. Lorsque nous parlons de nos aspérités, l’autre peut saisir qui nous sommes, quels sont nos moteurs de vie, nos ressorts, ce qui nous fait nous lever le matin. Et cela donne envie d’aller plus loin.

Faut-il donc abandonner tous les filtres que nous avons tendance à mettre et nous autoriser à aborder tous les sujets ?

Florence Escaravage : Exactement. La séduction, c’est être soi en plus fort. C’est difficile en racontant la dernière comédie musicale que nous avons vue ou le dernier livre que nous avons lu. Il faut aller piocher en nous des éléments extrêmement marquants. Sinon, nous ne révélons pas qui nous sommes, voire nous sommes dissonants. Un jour, j’ai accompagné une femme de 50 ans dont le frère schizophrène, qu’elle avait longtemps porté, était décédé trois mois auparavant. Elle se sentait désormais capable de mener une relation différente des précédentes. Elle m’a dit : “je ne parle évidemment pas de mon frère schizophrène ?”. Bien sûr que si ! Elle ne pouvait pas ne pas l’évoquer. Sinon, c’est comme si elle ne montrait qu’une facette de sa personnalité.

Il s’agirait donc d’aborder aussi les sujets “lourds” dès le premier rendez-vous ?

Florence Escaravage : Oui car nous n’avons qu’une chance lorsque nous faisons une rencontre. Le risque, c’est ne pas laisser d’empreinte. Tandis qu’ici, on va comprendre un parcours de femme qui a endossé beaucoup de choses et qui est maintenant capable d’ouvrir une nouvelle page de sa vie. Si cette sensibilité-là n’est pas transmise avec l’histoire de son frère, il n’y aura pas de congruence dans la perception que l’on aura d’elle. La séduction, c’est comme taper sur un verre de cristal: il faut que ça sonne juste.

A DÉCOUVRIR

Pas évident de se livrer de la sorte face à un inconnu, surtout dans une société régie par la superficialité et le paraître…

Florence Escaravage : Il faut faire confiance. Quel est l’enjeu d’aller se raconter ? Être dans le vrai est quand même plus sympathique que de raconter une histoire qui n’est pas la nôtre.

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