Pitié, les socialistes vivent un vrai drame !

C’est inévitable, inéluctable, irrémédiable. Le Parti socialiste va inexorablement vers son éclatement. Pas besoin de regarder sur une boule de cristal pour s’en convaincre. Irréversible, la scission pointe à l’horizon. On a franchi la ligne jaune. On est en plein en zone rouge et sans retour possible.
Entre pro-Tanor et pro-Khalifa, le fossé n’en finit pas de se creuser et le différend est si profond qu’on ne peut espérer le dissiper. Pour les inconditionnels du Secrétaire général du parti, il n’est pas question de remettre en cause l’alliance avec l’Apr de Macky Sall et leur compagnonnage dans la coalition présidentielle, Benno Bokk Yaakaar. Tandis que pour les sympathisants du Secrétaire à la vie politique, l’histoire et la trajectoire du parti, encore moins sa pointure et son envergure, ne le prédisposent à être à la remorque d’aucune autre formation politique, fut-elle celle du chef de l’Etat.
La ligne de fracture est là, saillante, béante et puante telle une plaie ouverte et rédhibitoire à la survie du Ps. Du moins, dans sa configuration actuelle. Les positions sont en tout cas si antagoniques et si tranchées qu’elles paraissent inconciliables.
     Les militants à la base en sont conscients. Ils savent que l’unité de leur parti ne tient qu’à un fil, tenu et prêt à lâcher avec ce bras de fer qui oppose Ousmane Tanor Dieng et Khalifa Sall par leurs séides interposés. Impuissants, ces socialistes à la base sont comme les passagers d’un avion qui va s’écraser, qui le savent et qui sablent pourtant le champagne, conscient qu’ils ne peuvent échapper au drame qui les guette. C’est exactement comme dans la célèbre métaphore de Blaise Pascal sur les prisonniers enchaînés, allant tranquillement à leur supplice. Faute de n’avoir d’autre choix que de rester stoïques face à leur sort.
    Réputés calmes et plutôt introvertis, Ousmane Tanor Dieng et Khalifa Sall se sont longtemps retenus et contenus, cachant leur jeu et entretenant l’illusion de possibles retrouvailles. Et pour cause. Tant que la crise se limitait aux banderilles que s’envoyaient régulièrement leurs inconditionnels par presse interposée, il n’y avait pas péril en la demeure socialiste.
    Mais le contentieux, assurément, a pris une tournure qui sera sans doute fatale à la survie du Ps depuis les violences survenues lors du Bureau politique du 5 mars 2016. Jusqu’alors flegmatique face aux coups de boutoir de ses contempteurs, Tanor a cru devoir recourir au glaive de la Justice pour sanctionner sévèrement les auteurs présumés. Tous proches du Maire socialiste de la capitale.
Il n’en fallait pas plus pour que Khalifa Sall, las d’avaler des couleuvres, sorte enfin de son mutisme. Convaincu que c’est lui-même qui était visé par la plainte déposée par la direction de son parti, il se rebiffe et élève la voix, prêt à aller au combat. « Si on veut chercher un responsable, on n’a qu’à m’appeler. Ces jeunes qui sont traqués se réclament tous de moi ou sont proches de moi. Intimider et mettre la pression est futile », avait-il grondé. Et dans la foulée, il vote « Non » au Référendum contrairement à la position officielle de son parti, boycotte le Dialogue national et au moment où il devait se tenir au Palais, il annonça la tenue d’un meeting quasiment à la même heure. Non sans indiquer très clairement que «l’heure est venue pour le Ps de conquérir le pouvoir et de l’exercer ». Pour un défi lancé à la figure à Tanor et son allié de Président, Khalifa Sall ne pouvait mieux faire.
La crise alla crescendo avec des attaques de plus en plus incisives des pro-Khalifa à l’encontre de Tanor. 
« Tout ce que Macky Sall dit, Tanor Dieng le répète. Tanor Dieng complote contre les intérêts du Ps. Il est faible, manque de charisme et n’est pas aimé des Sénégalais. La logique voudrait qu’il parte, s’efface, s’éclipse », déclare ainsi sans ambages le député maire de Dalifort, Idrissa Diallo qui a rarement été tendre avec son Secrétaire général. Quant à Barthélémy Dias, il n’hésitera pas à lever le voile sur les intentions de Khalifa Sall et compagnie en laissant clairement entendre que la coalition « Taxawu Senegaal », la réplique de « Taxawu Dakar » à l’échelle nationale, sera la bannière de Khalifa Sall et compagnie aux Législatives de 2017 et à la Présidentielle 2019.  Pour sa part, le maire de la Médina, Bamba Fall, franchira purement et simplement le Rubicon en démissionnant du Bureau politique par « solidarité » aux militants socialistes convoqués à la police sur plainte du parti.
      Tout cela, c’était bien avant l’élection au Haut Conseil des collectivités territoriales (HCCT) à l’issue de laquelle, Khalifa Sall et compagnie sont sortis victorieux. Administrant au passage un pied de nez à Tanor qui avait appelé officiellement à voter pour la liste Benno Bokk Yaakaar.
     Naturellement, ragaillardis par cette importante victoire, le maire de Dakar et ses compagnons entendent rester plus que jamais sur leur dynamique. Et leur schéma est on ne peut plus clair. Ils comptent présenter leur propre liste parallèlement à celle de leur parti aux prochaines législatives. Ce que proscrivent formellement les textes du parti pour ce type de scrutin contrairement à des élections locales. Tanor et compagnie seront ainsi dans l’obligation de prononcer leur exclusion. Et forts de l’effet de victimisation qui accompagne souvent les acteurs politiques exclus de leur propre formation, ils espèrent ainsi frapper un gros coup aux législatives de 2017. Ils croient même pouvoir disposer de leur propre groupe parlementaire lors de la prochaine législature pour en faire la rampe de lancement de Khalifa Sall à la présidentielle 2019. Et quand bien même le maire de Dakar pourrait passer à la trappe devant Macky Sall le cas échéant, il aura eu au moins l’occasion de prendre date pour 2024.
A travers la crise qui les oppose, Tanor et Khalifa jouent donc chacun leur avenir. Le premier pour s’assurer une retraite dorée. Et le second pour atteindre le graal. Et qu’importe si l’avenir de leur parti en sera lui hypothéqué ou écrit en pointillés. Les militants à la base n’ont qu’à se préparer au pire : voir leur parti se craqueler. Voilà tout le drame que vivent les militants socialistes. Intérieurement et profondément.

vous pourriez aussi aimer

commentaires

Loading...