Moustapha Cissé Lô, député Cedeao: «Il faudrait qu’on accepte de signer ces Ape»

Depuis février dernier, notre compatriote Moustapha Cissé Lô préside aux destinées du Parlement de la Cedeao après avoir été élu à l’unanimité. Institution, qui va tenir sa seconde session ordinaire de l’année à partir du 22 septembre 2016. Moustapha Cissé Lô explique, dans cet entretien avec Seneweb, les enjeux de cette grande rencontre sous-régionale et s’exprime sur les questions liées aux Ape, au tarif extérieur commun, à l’insécurité et à l’intégration sous-régionale.

 

M. Lô, depuis février 2016 vous êtes à la tête du Parlement de la Cedeao. Comment s’est passé votre installation ?

 

Je rends d’abord grâce à Allah le Tout Puissant et demande pardon à toute la Oumma islamique, surtout à mes frères sénégalais. Je prie aussi pour la prospérité du Sénégal. Aujourd’hui, nous avons la chance de diriger le Parlement de la Cedeao. Un Parlement communautaire représentant les peuples de 15 pays d’Afrique de l’Ouest. Son programme est contenu dans le programme global de la Cedeao qu’est la vision 2020. Cette vision décrit clairement les objectifs stratégiques de la Cedeao en tant qu’organe sous-régional et intégrateur.

 

Quels objectifs vise cette vision ?

 

Cette vision a pour objectifs de lutter contre la pauvreté, promouvoir le développement durable et traiter les questions sécuritaires. Car aujourd’hui, le monde subit beaucoup d’agressions liées au terrorisme et aux problèmes environnementaux. Donc, dans ce plan stratégique, nous voulons, et les chefs d’Etats l’ont exprimé clairement, que cette Cedeao ne soit plus une Cedeao des Etats, mais une Cedeao des peuples. Nous, parlementaires, devons être les vrais répondants des populations.

 

L’espace de la Cedeao est aujourd’hui sérieusement confronté à des défis sécuritaires. Quelle solution préconisez-vous ?

 

Je pense qu’il faudrait mettre en place des unités d’élite pour veiller à la sécurité des personnes et des biens. Il faudrait que la Cedeao fasse des efforts pour créer une unité d’élite pour pouvoir répondre efficacement, à chaque fois que notre sous-région est menacée. Ce, pour que nous puissions agir très vite. Aussi, donner des moyens à ses services de sécurité et de renseignement. Ce sont des questions de financement qui posent problème, mais je pense qu’il faudrait trouver des solutions pour régler définitivement cette question.

 

La question des Ape est aussi en débat. Que dites-vous à ceux qui ne sont pas rassurés par cet accord ?

 

Avec cet Ape, il y aura des avancées significatives dans le renforcement de la coopération entre nos Etats. Il n’y a que deux pays qui n’ont pas encore signé. Il faut poursuivre la réflexion, convaincre ces pays à signer parce que nous voulons créer un grand marché commun pour la sous-région. Et pour cela, il faut qu’on accepte, les uns et les autres, de se départir de certaines questions de souveraineté et qu’on agisse ensemble. Si les personnes ne travaillent pas ensemble, ne coopèrent pas, ne circulent pas librement, on ne pourra pas sortir du sous-développement. Il faut une libre circulation des personnes et des biens, et une plus forte coopération sur le plan du développement durable. Mais si chaque pays se focalise sur son programme et ses projets, l’Afrique tardera à se développer. J’insiste sur le fait qu’il faut travailler dans la collégialité. Il faudrait qu’on accepte de signer ces Ape pour le grand bonheur de nos populations.

 

Des Etats signataires du tarif extérieur commun tardent à l’appliquer. Qu’en pensez-vous ?

 

C’est vrai. Il y a des Etats qui ont signé et appliquent les dispositions du tarif extérieur commun et il y a certains Etats qui tardent encore à se conformer aux directives communautaires. D’ailleurs la Guinée-Bissau vient de se normaliser depuis ce 1er septembre, ce qui est à saluer. Donc Il faut encore sensibiliser les États qui n’ont pas encore appliqué le TEC. Je rappelle que sans l’application du TEC les marchandises sont vérifiées à toutes les frontières pour connaitre le taux tarifaire, ce qui constitue une entrave à la libre circulation des biens qui est une liberté fondamentale pour nos populations.

 

Depuis votre installation quelle orientation avez-vous donnée au parlement ?

 

Quand nous sommes arrivés le 4 février, il y avait déjà la session inaugurale. Puis nous avons convié les parlementaires à une session extraordinaire pour définir un plan d’action prioritaire afin de définir les axes de réflexion dans l’optique de pouvoir répondre aux attentes des populations. A la suite de cette rencontre nous avons défini des programmes. Et la priorité, c’est le renforcement des prérogatives du parlement. Parce que nous sommes un parlement consultatif et nous devons, sur certains domaines, voir comment nous pouvons mettre en œuvre la vision des chefs d’Etat pour répondre plus efficacement aux attentes des populations. Parce qu’il faudrait que sur beaucoup de projets, que le parlement puisse émettre une position un peu plus adéquate et répondre aux attentes et aspirations des populations. Donc nous avons travaillé et nous avons sorti une feuille de route que nous avons commencé à dérouler.

 

Quels seront les enjeux de la session ordinaire qui se tiendra à partir du 22 septembre ?

 

Aujourd’hui nous entendons poursuivre ce travail. Nous avons convoqué la deuxième session qui se tiendra du 22 septembre au 7 octobre. Mais en prélude à cette session, il y aura une réunion avec le personnel que je vais moi-même diriger à Abuja. Elle sera suivie de la réunion du bureau et la conférence des bureaux le 21 septembre. Là, nous allons décliner le programme que nous allons poursuivre pour parachever l’œuvre que nous avons entreprise.

Nous allons discuter et mettre sur la table les questions de l’heure, liées à la sécurité dans la sous-région, les questions d’intégration, le tarif extérieur commun, les Ape qui connaissent quelques blocages en ce moment, et tant d’autres questions. Il sera aussi question d’adopter un document extrêmement important concernant le renforcement des prérogatives. Ce sera un acte additionnel. Il y aura aussi les rapports par pays qui seront présentés par les délégations de chaque Etat membre pour faire la situation économique, politique et sociale dans leurs pays respectifs.

 

Depuis votre installation vous avez aussi effectué des visites auprès d’autres parlementaires de la région comme M. Guillaume Soro. Quel en était l’objet ?

 

C’est de la diplomatie parlementaire. Quand nous sommes arrivés à la tête du parlement, nous avons reçu aussitôt l’invitation de M. Guillaume Soro. Et nous sommes allés y répondre. Nous lui avons transmis un message de solidarité et d’unité pour la cohésion au niveau de notre espace communautaire. J’ai été bien accueilli. Il y a aussi d’autres institutions qui nous ont invités. Nous avons essayé d’institutionnaliser les rencontres entre les parlements de la région pour que nous puissions, à chaque fois que nous avons des réunions, s’inviter et discuter des questions de l’intégration au niveau de la région. Les populations nous attendent.

 

Quelle est l’empreinte que Moustapha Cissé Lô veut imprimer à cette institution ?

 

Je ne peux sortir de la mission du parlement pour créer une vision autre. Je resterai dans la vision régalienne du parlement et me donner à fond. Le parlement a été conçu par les chefs d’Etat de la Cedeao qui ont donné une directive claire pour son fonctionnement. Je ferai de mon mieux pour mériter la confiance de ceux qui m’ont porté à la tête de ce parlement. C’est-à-dire essayer d’avoir une bonne lecture des directives avec toutes les compétences. Je lance un appel aux éminents intellectuels de la société civile comme Alioune Tine, Cheikh Tidiane Dièye, pour qu’ils nous accompagnent. L’essentiel pour moi, c’est d’être celui qui essaiera de stabiliser cette institution, l’impulser. Faire en sorte que l’administration travaille bien, que les députés soient présents et que chacun d’entre eux puisse se donner à fond pour la réussite de notre mission.

 

Votre dernier mot ?

 

Je lance un appel à tous les parlementaires. Je les invite à une assiduité au travail. Pour cette session, nous allons essayer de travailler sur les questions qui interpellent la communauté, liées au développement, la santé et toutes les questions qui sont de notre ressort. Nous allons le faire et bien le faire. Je lance aussi un appel aux chefs d’Etat et aux ministres en charge des questions d’intégration de nous appuyer. La Crise sévit partout et au niveau de la Cedeao, il y a de plus en plus une raréfaction des ressources. Nous demandons aux chefs d’Etat de nous aider davantage pour que nous puissions accomplir notre mission, pour le grand bonheur des populations de la communauté.

 

Avec seneweb

vous pourriez aussi aimer

commentaires

Loading...